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Journée nationale de la vérité et de la réconciliation

Par Michaëlle Jean, 27e Gouverneure générale du Canada

Tel que publié dans le journal La Presse, le 30 septembre 2021.

En cette journée nationale de la vérité et de la réconciliation, nous nous rassemblons.

Nous unissons nos voix pour dire que nous ne cessons de penser à ces enfants qui ne sont pas revenus vivants des écoles résidentielles. Tous ces enfants morts des mauvais traitements qui leur ont été infligés et du chagrin aussi d’avoir été déracinés de tout ce qui les ancrait dans leur existence et à cette terre de leurs origines.

Nous pensons à tous ces enfants qui ont été arrachés à leurs parents, leurs familles, leurs communautés.

Par milliers et sur plusieurs générations ils ont été violemment dépossédés de leurs langues, de leur mémoire, de leurs liens affectifs si essentiels, de leur riche patrimoine matériel et immatériel, de leurs traits de civilisation et de leur culture, leur liberté, leur dignité, leur identité et leur fierté.

Les sépultures longtemps tenues secrètes, d’enfants dont les parents avaient perdu toute trace, remontent à la surface, comme autant de cris de détresse et d’appels au secours.

Nous sommes solidaires et serrons contre nos cœurs celles et ceux qui ont survécu à cette épreuve dont on ne sort pas indemne et qui en portent encore les stigmates et le traumatisme.

Nos pensées vont également aux proches inconsolables, accablés pour toujours par la blessure du deuil et la douleur de ne pas savoir, ne pas avoir accès à la vérité, toute la vérité.

Faire du 30 septembre une journée fériée de la vérité et de la réconciliation ne suffira pas et ne doit pas servir à tourner la page ou apaiser nos consciences. Elle doit en être une de réflexion, de dialogue, de partage, de sensibilisation, d’éducation et d’action. Il nous faut consciencieusement nous prêter collectivement à l’exercice de vérité.

L’aveu dans un acte de contrition offert cette semaine par les évêques des Églises catholiques du Canada représente un pas important pour qu’avance ce processus de vérité qui s’impose, l’établissement des faits et de la lourde chaîne des responsabilités.

Il faut aussi que des enquêtes supplémentaires soient engagées, que les responsables, concepteurs et exécutants de cette hécatombe soient identifiés, qu’ils admettent et relatent les méfaits, en reconnaissent les effets dévastateurs et qu’ils en répondent devant la justice.

Que nous soyons autochtones ou allochtones, cette histoire nous concerne, elle heurte la confiance que nous placions en ces hautes institutions qui se sont rendues complices de ces abus, mensonges, silences et négligences criminelles. Elle dit aussi combien l’indifférence générale a permis que ces crimes se commettent et perdurent.

En ce jour consacré à la quête de vérité de réconciliation, rendons hommage au plaidoyer incessant des femmes autochtones et à leur vaillance indémontable sur ce chemin si douloureux. Je veux saluer ici leur courage, leur persévérance, en particulier le grand rassemblement sur la colline du Parlement et la marche jusqu’au Parc de la confédération à Ottawa organisés en ce 30 septembre par les femmes de l’Indigenous Arts Collective of Canada qui, avec un très grand mérite, œuvrent pour la sauvegarde de la culture, des arts, de la mémoire des peuples autochtones du Canada et par conséquent la pleine reconnaissance de leurs droits fondamentaux. La Fondation Michaëlle Jean soutient avec la plus grande émotion cette initiative et appelle à la mobilisation de tous nos efforts pour que la vérité triomphe.