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Par Erik Steiner

Ces tout derniers mois à la Fondation Michaëlle Jean, j’ai accompli un travail qui compte parmi les plus importants de ma jeune carrière. Il m’a, de plus, donné l’occasion d’éprouver les compétences en recherche, tant qualitatives que quantitatives, que j’ai acquises au cours d’une année de préparation à une maîtrise en sciences.

Le projet en question était intitulé Projet de recherche sur l’écosystème de l’entrepreneuriat des jeunes. Ce projet, qui concorde avec les principaux objectifs de la Fondation en ce qui concerne le soutien à l’entrepreneuriat des jeunes, visait à mieux connaître les obstacles auxquels se heurtent actuellement les jeunes entrepreneurs à Ottawa, ainsi que les lacunes ou les limites qui empêchent l’écosystème de les servir de façon optimale. Les témoignages recueillis auprès de jeunes et de personnes travaillant dans des organismes de soutien aideront à créer un nouveau programme ou une nouvelle initiative afin d’apporter de réels changements dans ce domaine.

J’étais particulièrement enthousiaste à l’idée d’assumer cette responsabilité, car le projet portait sur un écosystème qui me passionne énormément. Jeune artiste soucieux de justice sociale, je ne pouvais que trouver intéressant d’étudier l’entrepreneuriat à Ottawa et ses interactions avec des facteurs culturels et institutionnels, c’est-à-dire explorer avec la Fondation l’écosystème de l’entrepreneuriat des jeunes.

L’équipe de la Fondation avait organisé une série de conversations avant mon arrivée et avait un ensemble d’hypothèses à vérifier. J’ai donc entrepris ce projet avec quelques idées au sujet de ce que je trouverais. Tout jeune qui s’intéresse un tant soit peu au climat culturel actuel saura probablement, en partie, avec quelles difficultés majeures les jeunes entrepreneurs sont sans doute aux prises et quelles communautés sont les plus défavorisées.

À la fin de l’étude, nos hypothèses étaient dans une large mesure validées. Cependant, j’ai appris beaucoup plus, chemin faisant, que je ne l’aurais imaginé sur le travail en milieu à but non lucratif, sur les aspirations des jeunes entrepreneurs comme des organismes qui leur offrent des services et, notamment, sur l’influence de l’identité dans le soutien et la recherche.

Le rôle de l’identité

Lorsqu’on analyse l’entrepreneuriat des jeunes et qu’on examine les difficultés des jeunes entrepreneurs afin de créer un nouveau programme de soutien, la conversation porte sur les entrepreneurs qui sont défavorisés dans leur parcours. Autrement dit, en pratique, même s’il est encourageant de se concentrer sur les jeunes qui excellent, il est tout aussi important de savoir ce qui se passe à la lisière de l’écosystème. Les jeunes qui n’obtiennent pas les ressources dont ils ont besoin pour réussir à cause d’une profusion de facteurs économiques, culturels et historiques trop complexes à expliquer dans ce blogue, viennent surtout de communautés noires, autochtones ou immigrantes à faible revenu.

Je devais savoir, en me lançant dans ce projet, qu’en venant de la classe moyenne blanche du Sud de l’Ontario, je ne correspondais pas à ce profil. J’estime avoir l’esprit d’entreprise et je me considère comme un artiste, mais bien que conscient des difficultés de mes pairs venant d’autres milieux, je ne les ai jamais personnellement éprouvées.

Par exemple, j’ai appris que, dans les programmes qui soutiennent les jeunes, l’identité est primordiale. Que vous en soyez conscient ou pas, votre identité, et celle de ceux avec qui vous travaillez, influe considérablement sur l’efficacité de vos actes, sur le type d’information que vous pouvez trouver et sur la façon dont vous la traitez en l’analysant. Ce facteur est encore accentué par l’immense disparité de pouvoir entre les organismes établis et les communautés marginalisées qui ont besoin de soutien.

Il était impératif que j’aie conscience de mon identité de chercheur venant d’un milieu privilégié pour vraiment comprendre l’environnement et éviter de perpétuer des obstacles institutionnels à l’accès. En outre, comprendre mon rôle d’interlocuteur a aussi permis naturellement la formation nécessaire de partenariats avec de jeunes entrepreneurs qui croient dans notre mission. Ces relations étaient essentielles pour que je commence à avoir une idée précise de leur réalité. Avec la Fondation, nous voulons faire en sorte que les données et les solutions qui en découlent appartiennent à la communauté des jeunes entrepreneurs.

Ce que signifie être un allié

À partir de cette définition, mon identité de jeune artiste-chercheur travaillant dans le cadre de l’establishment possède des caractéristiques qui me situent entre les organismes au service des jeunes et les jeunes entrepreneurs, et je suis, comme j’aime à le dire, à l’orée des deux mondes (Beals, Kidman, & Funaki, 2020). C’est une identité particulière et précieuse dans les bonnes situations, car elle offre une compréhension intime de l’establishment et une aptitude à évoluer dans des communautés marginalisées en nouant des relations fondées sur des valeurs et des intérêts communs. Je suis convaincu que ce rôle a été essentiel, d’un point de vue personnel et organisationnel, au succès du projet de recherche et qu’il est une des raisons pour lesquelles la Fondation occupe une place unique qui lui permettra d’avoir une incidence majeure sur l’entrepreneuriat des jeunes au Canada.  

Comme j’en suis arrivé à le croire, par mon expérience limitée dans ce projet, être à l’orée des deux mondes permet d’être un bon allié. Du moment qu’on n’oublie pas qu’on ne peut ni ne devrait chercher à réaliser seul une étude comme celle-ci, cette plateforme est une excellente façon d’utiliser sa place privilégiée pour faire entendre d’autres voix et partager, au besoin, l’accès à des plateformes et à des ressources.

En me faisant le champion des jeunes entrepreneurs qui croient dans la mission de la Fondation de soutenir l’entrepreneuriat des jeunes et en leur donnant les outils dont ils ont besoin pour apporter des changements positifs dans leurs communautés, je suis certain que l’impact de la Fondation sur l’écosystème de l’entrepreneuriat des jeunes servira durablement le progrès. L’inclusion des jeunes dans l’analyse des données et dans l’animation de tables rondes était un des aspects les plus importants de la conception du projet, car il leur permettait de s’approprier en partie le programme qui en résulte. En fin de compte, il s’agit des jeunes artistes et entrepreneurs et de leur parcours.

À l’avenir

Je me rappelle avoir bavardé avec mon superviseur au milieu du projet, avoir souligné l’énorme importance qu’avait pour moi ce travail et avoir dit combien j’étais reconnaissant de pouvoir le faire. Après mûre réflexion, je retiens la motivation, mais je reconnais aussi un autre sentiment sous-jacent qui a contribué à la reconnaissance éprouvée – le sentiment qu’en raison de mon identité, d’une certaine manière, je n’étais pas la meilleure personne pour ce projet.

Malgré cette incertitude, ce n’est pas une source de découragement, je comprends maintenant que je dois croire en ma capacité d’apprendre et d’écouter, et que ces qualités, indépendamment de mon identité, peuvent faire de moi un bon chercheur. Il est important, à mon sens, que plus de personnes comme moi regardent au-delà de leur communauté immédiate pour voir où leurs compétences et leur expérience peuvent être mises à contribution pour avoir un impact social. Pour ces révélations et pour l’occasion de faire partie d’une organisation extrêmement importante, je tiens à remercier mes supérieurs à la Fondation, Tara Lapointe et Edward Matwawana. Je ne saurais trop dire combien leur soutien m’a été précieux tout au long du projet et combien ils m’inspirent.

Je suis fier de ce que la Fondation et moi-même avons accompli cet été parce que, si les résultats de ce projet aident à améliorer l’écosystème de l’entrepreneuriat des jeunes, font mieux connaître les soutiens aux jeunes marginalisés et leur permettent d’y avoir plus facilement accès, et s’ils incitent quelqu’un d’autre comme moi, à l’orée des deux mondes, à poursuivre la conversation, alors, cela en valait largement la peine. Le genre de changement culturel nécessaire pour abattre systématiquement les obstacles institutionnels qui font entrave à l’entrepreneuriat des jeunes et à leur autonomisation, surtout les obstacles dont nous n’avons peut-être pas encore pleinement conscience, repose sur un effort intercommunautaire continu.

La question n’est pas de savoir quelle personne peut le plus faire bouger les choses, mais ce que nous pouvons tous faire pour changer la donne.

– Erik Steiner

Références

Beals, F., J. Kidman et H. Funaki. Insider and Outsider Research: Negotiating Self at the Edge of the Emic/Etic Divide, Qualitative Inquiry, 2020, p. 593-601.